90, pause.

Déjà, 90 articles publiés.

Et à la Rochelle hier, la clôture du premier cycle des « rencontres » organisées depuis septembre 2011 autour des « Vérités du matin »: une cinquantaine de réunions à travers le pays.

Vous l’avez constaté ces derniers jours, notre blog s’est mis en « pause ». Il se prépare à un nouveau départ.

Nous songeons notamment à l’édition d’une « news-letter » pour mieux faire connaître notree site. Merci de nous envoyer, pour ce projet,  les adresses de personnes de votre entourage susceptibles de s’y intéresser. De préférence sur mon mail:  francette.lazard@free.fr.

 Rendez-vous donc le 1er Juillet, pour une re-ouverture sous le soleil de l’été.

A bientôt.

L’époque et le vocabulaire

Je remarquais dans un précédent propos combien la perception du mot du mot « gauche » est liée bien souvent liée à la période où se sont formées les convictions personnelles de chacun, au contexte politique de leurs premiers engagements, des années 50 à la fin du XXème siècle. J’ai d’autant plus apprécié les éclairages apportés par Danielle Tartakowski dans l’article que je reproduis ci dessous. Certes, elle centre son propos sur une autre question, celle des rapports entre le mouvement social et la gauche depuis les années du Front populaire. Mais je retrouve ma préoccupation dans sa façon de situer dans son histoire la référence à la notion de gauche. Voici son texte.

Danielle Tartakowsky «  La lutte paie  !  » 

in Politis du 16 mai 2012

Front populaire, Libération, 1981… Danielle Tartakowsky constate que la gauche est toujours arrivée au pouvoir dans des conditions économiques difficiles, et qu’aujourd’hui la question des rapports entre mouvement social et gouvernement de gauche est particulièrement cruciale. Peut-on faire une typologie générale des rapports entre gauche au pouvoir et mouvement social ?

Danielle Tartakowsky : Je ne le crois pas. La notion de gauche en général n’est pas sans poser problème d’un point de vue historique. La première expérience à laquelle on est confronté, c’est 1936 ; le cadre dans lequel les forces politiques de gauche se reconnaissent est donc celui d’antifascisme et de front populaire. Il faut partir de cette base commune qu’a été la mobilisation antifasciste à partir de 1934, qui génère les conditions politiques qui permettront au Front populaire de l’emporter, et qui crée des relations tout à fait inédites, je ne dirais pas entre le mouvement social et la gauche, mais plutôt – pour s’inscrire dans le vocabulaire de l’époque – entre la République et le travail.

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L’Islande vaut le détour…

Merci à notre ami Yves Dorion de nous avoir transmis cette vidéo.
 Belle incitation à bousculer, en pensées et en actes, les scénarios de gestion de crise à l’imagination tétanisée par l’invocation des « lois du marché ». Quand les peuples parviennent à s’en mêler, les dominants ne dominent pas le cours des événements ….

« Vive le calcaire »

 Les mots ne sont jamais hors sol et hors histoire .

 L’actualité de ce jour d’élection m’invite à évoquer des jalons personnels à propos du clivage »droite/gauche ». La permanence de leur usage peut donner aux mots la rigidité d’une certitude. Or, leur vitalité, et l’élan qu’ils peuvent porter sont fonction de leur capacité à  exprimer et à cristalliser ce qui se cherche à un moment politique donné - les « vérités du matin ».

J’ai déjà noté comment, quand j’étais jeune militante, le mot « gauche », et – symétriquement – celui de « droite », semblait effacé du paysage politique .

Au seuil des années 60, le « pouvoir gaulliste »  se drape dans la  notion de « rassemblement » du peuple français. Le PCF stigmatise les renoncements du PS, ses responsabilités dans les guerres coloniales et dans l’avènement de la Vème République. Il se veut le promoteur d’un union « des forces ouvrières et démocratiques » ouverte aux « démocrates sincères » et aux « républicains de progrès »…

Inutile d’essayer d’inverser les mots: les codes ne se prêtent pas à l’humour ! Nul ne se serait permis alors d’évoquer des « démocrates de progrès » ou des « républicains sincères ». Ni de demander  en quoi les forces « ouvrières » n’étaient pas elles-mêmes « démocratiques » – naïveté…

Il a fallu plus d’une décennie et deux élections présidentielles – en 1965 avec un candidat commun de la « gauche » puis, sans union, en 1969 – pour que la signature du programme commun ancre la notion de gauche dans un système politique en voie de bipolarisation.

Depuis, quatre décennies de turbulences multiples ont mis en évidence une difficulté lourde : l’articulation des notions  » de gauche » et   »de classe ».

En ce remarquable printemps 2012, une notion nouvelle, la « révolution citoyenne » fait une belle entrée  dans un « paysage » politique en mouvement. Continue reading

Encore les mots

J’apprécie la distinction que tu as notée entre « certitude » et « conviction ». Evidemment, on peut avoir la conviction d’être porteur de certitude ! Nous en connaissons les effets: la prétention à la « vérité » laisse bien peu de place à la tolérance, à l’écoute attentive de la part de vérité d’une pensée différente, voire adverse. On pense alors « démontrer », mais  la véhémence de l’affirmation stérilise vite  tout échange, ferme la réflexion, laisse aveugle à ce qui peut nourrit une conviction, toujours singulière.

Et les « mots », c’est vrai, masquent souvent cette distinction. Ils se présentent avec une belle allure d’objectivité, dans la certitude alphabétique du dictionnaire. Or ils ne sont entendus et compris qu’à travers le prisme des expériences personnelles et des convictions. Et celles-ci se sont elles même formées dans l’épaisseur des mémoires individuelles et des représentations collectives.

Un exemple ? Le mot « gauche ». Continue reading

Toujours les mots…

RP.
Les mots ai-je dit ? Oui, bien sûr. N’ayons pas peur des mots. Ils sont le sang de la pensée et des débats qui la construisent. A condition de ne pas les malmener! Et de les choisir. On le sait, le mot qui force la bouche porte un nom : la vulgarité. Le combat politique dans cette présidentielle illustre très bien cette remarque.

Le poète surréaliste André Breton, a, lui aussi, joué avec les mots. Ainsi parlant des personnages de Balzac il les appelait « les grands transparents ». A travers eux, avec eux, on devine tout, tant le regard dissèque leur époque, la rend visible sous tous ses aspects, tant leur regard sur eux-mêmes les installent dans une réalité perceptible pour chacun. A travers eux on devine tout, y compris et surtout l’absence de devenir. Avec eux on est, on ne devient pas. Plus encore ; on voit, on ne prévoit pas. C’est leur limite.

Mais en politique aussi, on peut voir, mais ne pas prévoir.

Ainsi en Mai 68, quand l’insolence de la vie libère une floraison d’exigences, d’idées, dans une France qui se métamorphose, le PCF. – je suis membre de sa direction- voit se qui se passe (pas tout) et intervient massivement dans les luttes. Mais l’aspiration à la nécessaire transformation de la société lui échappe pour l’essentiel. Il propose une étape politique : l’union de la gauche sur un programme commun. Mais la perspective historique de transformation révolutionnaire de la société est absente de son ambition politique. Oui, le socialisme dit-il, bien sûr, mais c’est un mot, abstrait et lointain pour les uns, mutilé et inquiétant pour les autres. Dans cette période tumultueuse, comme les personnages de Balzac nous voyons, mais nous ne prévoyons pas. Et le parti communiste va perdre là, une partie de son autorité.

Aujourd’hui les mots de « révolution citoyenne » semblent s’approprier l’espace. Avec, dans un même mouvement, un même processus « ce qui est » et « ce qui peut advenir ». On voit et on prévoit un ensemble historique et son développement souhaité.

Révolution citoyenne. Le « je » et le « nous » seront-ils les cueilleurs d’une moisson nouvelle ? Les « mots » peuvent nous autoriser à le penser.

« Y’a un doute. C’est certain »

 

RP.

La formule de Raymond Devos me revient à l’esprit après ton dernier écrit. C’est vrai que les discussions auxquelles nous participons, nous interpellent assez fréquemment sur le titre de notre livre « Les vérités du matin ». Avec cette remarque : pourquoi vérités du matin ? les certitudes existent ! Et puis on ne fait rien sans « certitudes ». On ne vit pas avec le « doute » en toute chose… Un beau débat dont la fin ne se dessine pas souvent..

Ah ! les mots. Les mots qui résument, les mots qui ligotent, les mots qui appauvrissent. Les auteurs que nous sommes n’échappent pas a ces risques. Et puis, comme toujours, la lecture des « mots » qui ne s’identifie pas nécessairement à la pensée des auteurs. C’est connu, une deuxième lecture révèle souvent quelque chose ignoré au premier regard. Pas évident.
Les mots se discutent surtout « parce qu’ils savent de nous ce que nous ignorons d’eux » affirme le poète. Alors que nous disent-ils les mots ?

Les « certitudes », les « convictions », les « faits », et bien d’autres expressions, sont jetés sur le chemin de nos discussions. Et l’échange devient passionnant, Les idées qui se cachent derrière les mots construisent une pensée plus élaborée. Oui, oui 2+2=4 en arithmétique. La table apprise à l’école en témoigne. Mais attention, certains affirmeront qu’il n’en n’est pas toujours ainsi… cela dépend aussi de ce qui est additionné ! Ne compliquons pas les choses. Certitude, vérité impliquent, pour ainsi s’appeler, la reproduction, l’expérimentation répétée et, bien sûr, un résultat identique quels que soient le lieu et le moment. En politique la « conviction » souvent convient mieux. Moins radicale que la certitude, car la subjectivité, le « je », y trouvent naturellement leur place. La pensée personnelle s’y investit facilement. Le dialogue y puise sa raison d’être. Et libère les esprits. La « conviction » y respire à pleins poumons.

« Y’a un doute c’est certain », Devos ne parle pas politique, mais il nous invite à vagabonder…

Exo-squelette ou auto-organisation ?

J’apprécie toujours le présent de narration!

Tu dis, « la structure ne pense pas ». « Elle n’est rien d’autre qu’un cadre, un espace de liberté qui permet à chacun de s’associer, dans un objectif partagé, à autrui et de construire un « en commun » d’efficacité recherché. Je suis complètement d’accord.

 Mais j’ai immédiatement envie de préciser que cette approche ne va pas de soi. Elle tient pour acquise la longue et chaotique rupture avec  les conceptions « léninistes » d’un Parti  qui se voulait fort  de ces « certitudes théoriques », porteur de la « conscience de classe », de la science de l’histoire. Bien sûr, il y a plus de trente ans que le PCF a abandonné le notion de « marxisme-léninisme », vingt- cinq ans qu’il ne se  proclame plus « avant garde de la classe ouvrière », vingt ans qu’il ne se réfère plus à la notion de socialisme scientifique…

Les turbulences des temps du déclin n’ont pas favorisé la mise en évidence de nouvelles cohérences encore tâtonnantes dans leur gestation. Quand, dans nos multiples rencontres autour des « Vérités du matin », nous disons que le « Parti » communiste, avec sa majuscule,  tel que nous  y avons vécu pendant des décennies, n’existe plus, la surprise de nos interlocuteurs est palpable. J’insiste dans le débat sur une remarque que chacun des militants présents a souvent entendu dans son dialogue avec autrui : « ah, si le « Parti » était comme toi, il en irait autrement »…Ce sont bien en effet ses adhérents, dans la singularité et l’humanité de leur engagement personnel,  qui ont enraciné le parti communiste dans la société française, l’ont maintenu, ont contribué à sa vitalité présente. Chacun en convient.  La discussion rebondit  alors sur notre titre, « les Vérités du matin ». Le débat s’aiguise sur la nécessité de « certitudes » , sur le besoin de « repères théoriques »  qui feraient la part du bon grain et de l’ivraie, formuleraient le vrai et garantiraient l’efficacité politique . Pourtant, nous avions  naguère de forts repères, sans que l’efficacité ne soit au rendez-vous ! Continue reading

La structure ne pense pas…

La structure ne pense pas…

Tu sais combien je suis sensible aux cheminements de la science contemporaine (chez moi c’est une vieille affaire !). Pas seulement parce que cela me passionne, mais parce que ce cheminement nous conduit naturellement à penser, à repenser le monde, l’Histoire, le quotidien dans ses aspects les plus divers. C’est connu : le gène mute (aujourd’hui on est capable de l’aider), la particule bifurque (ce faisant elle nous pose beaucoup de questions), mais l’Homme pense, et ça n’est pas une singularité secondaire.

Il en est ainsi – pour une part – des partis politiques, des structures politiques et donc du PCF, de la structure communiste. La structure ne pense pas. Ce sont les « Hommes » qui pensent, c’est à dire les militants. Eux décident de la structure de ses évolutions, de son statut, de son existence même. La structure n’est rien d’autre qu’un cadre, un espace qui définit les règles de la présence, de l’intervention, de l’action personnelles dans la collectivité constituée. Un espace de liberté – plus ou moins important – qui permet à chacun de s’associer, dans un objectif partagé, à autrui et de construire un en-commun d’efficacité recherché. Mais ce n’est pas le cadre qui pense, même s’il facilite plus ou moins la pensée et son expression. La pensée de chacun se cristallise, elle, dans une ambition qui la porte, l’amplifie, lui donne son expression historique. Ne parle-t-on pas de « révolution citoyenne » ? Cela ne s’évacue pas d’un revers de main.

Il n’est pas inutile, aujourd’hui, de réfléchir non seulement à la politique « au fait politique », mais aussi à la « forme » parti politique, à la place de ce dernier, à son rôle dans la société. Justement à l’heure où l’élection présidentielle illustre les failles démocratiques, les impossibilités et contradictions des institutions politiques à l’œuvre et le besoin d’envisager, comme le propose le front de gauche, une « 6ème République ». Comment, dans cette hypothèse historique « être soi », pleinement soi – communiste – dans la collectivité, pour s’enrichir et enrichir le mouvement de tous et contribuer aux progrès de la société.

Un champ aux vastes horizons. Où il n’est pas facile d’étancher sa soif de penser !

Rien ne vaut la critique de la raison

RP

Une porte s’est ouverte dans « la salle d’attente » avons-nous dit dans nos dernières contributions. Indiscutablement. Avec le front de gauche, une pensée, une présence, un mouvement des esprits et des engagements s’installent. Quoi qu’il en soit des résultats de dimanche (premier tour de la présidentielle) les millions de personnes qui s’investissent dans cette « révolution citoyenne » ont déjà gagné. Un processus politique nouveau s’annonce. Le froid de la rue s’éloigne et les jours de pluie lasse diminuent.

On le sait rien ne vaut la critique de la raison. Cela peut paraître surprenant, mais c’est essentiel pour l’intelligibilité des choses.

Prenons notre chapitre sur la politique ( page 59 ) et regardons « la leçon de choses » que constitue l’élection présidentielle. Sous un aspect au demeurant démocratique – l’électeur ne participe-t-il pas, personnellement, de la désignation du dépositaire de la plus importante responsabilité politique en France ? – on assiste à un dépérissement de la démocratie, à une perversion de la politique. Tout y concourt : le candidat présenté comme la personne sensée incarner le destin de tous ; les partis, organisés en écuries électorales ; la politique, plus que jamais réduite a la seule conquête du pouvoir ; l’intelligence de chacun, réduite au choix d’un nom ; le débat, monopolisé par les leaders et une poignée de spécialistes – journalistes et experts – indépendants comme chacun sait – et qui disent ce qu’est la Vérité du monde !

Et puis, un visage qui prend les couleurs du printemps : le front de gauche. Un moment où s’amorce un basculement de notre Histoire.

Je sais, tout cela mérite explication. Continue reading