RP.
Les mots ai-je dit ? Oui, bien sûr. N’ayons pas peur des mots. Ils sont le sang de la pensée et des débats qui la construisent. A condition de ne pas les malmener! Et de les choisir. On le sait, le mot qui force la bouche porte un nom : la vulgarité. Le combat politique dans cette présidentielle illustre très bien cette remarque.
Le poète surréaliste André Breton, a, lui aussi, joué avec les mots. Ainsi parlant des personnages de Balzac il les appelait « les grands transparents ». A travers eux, avec eux, on devine tout, tant le regard dissèque leur époque, la rend visible sous tous ses aspects, tant leur regard sur eux-mêmes les installent dans une réalité perceptible pour chacun. A travers eux on devine tout, y compris et surtout l’absence de devenir. Avec eux on est, on ne devient pas. Plus encore ; on voit, on ne prévoit pas. C’est leur limite.
Mais en politique aussi, on peut voir, mais ne pas prévoir.
Ainsi en Mai 68, quand l’insolence de la vie libère une floraison d’exigences, d’idées, dans une France qui se métamorphose, le PCF. – je suis membre de sa direction- voit se qui se passe (pas tout) et intervient massivement dans les luttes. Mais l’aspiration à la nécessaire transformation de la société lui échappe pour l’essentiel. Il propose une étape politique : l’union de la gauche sur un programme commun. Mais la perspective historique de transformation révolutionnaire de la société est absente de son ambition politique. Oui, le socialisme dit-il, bien sûr, mais c’est un mot, abstrait et lointain pour les uns, mutilé et inquiétant pour les autres. Dans cette période tumultueuse, comme les personnages de Balzac nous voyons, mais nous ne prévoyons pas. Et le parti communiste va perdre là, une partie de son autorité.
Aujourd’hui les mots de « révolution citoyenne » semblent s’approprier l’espace. Avec, dans un même mouvement, un même processus « ce qui est » et « ce qui peut advenir ». On voit et on prévoit un ensemble historique et son développement souhaité.
Révolution citoyenne. Le « je » et le « nous » seront-ils les cueilleurs d’une moisson nouvelle ? Les « mots » peuvent nous autoriser à le penser.